Témoignage
    22 Mai 2026
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    On arrive étranger, on repart lié

    Brancardier bénévole pour la première fois au pèlerinage romand. Ce que j'y ai découvert dépasse ce que j'aurais pu imaginer.

    Coucher de soleil devant la basilique de Lourdes, pèlerins rassemblés sur le parvis
    Lourdes au crépuscule — un moment où l'on appartient à quelque chose de plus grand que soi.

    Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Brancardier bénévole pour la première fois au sein du pèlerinage romand, j'y allais simplement avec ma bonne volonté et mes deux mains.

    Ce que j'ai découvert dépasse ce que j'aurais pu imaginer.

    Arrivée

    Ils étaient 140 malades cette année. Chacun avec sa pathologie, sa douleur, parfois sa solitude — mais aussi une humanité d'une intensité rare. Comme si la maladie, en ôtant le superflu, rendait l'essentiel visible. Certains venaient chercher un miracle, d'autres un simple souffle, une parenthèse, un moment où l'on prend soin d'eux.

    Nous étions 480 bénévoles à leurs côtés — brancardiers, aides-soignant·e·s, infirmier·ère·s, médecins. Non pas uni·e·s par les mêmes convictions, mais par un même élan.

    Le geste modeste du brancardier

    Le travail du brancardier paraît modeste. Pousser un fauteuil. Tirer ces charrettes des années 1960 qui font sourire et roulent encore. Accompagner quelqu'un d'un lieu à un autre, puis le raccompagner.

    Et pourtant, dans ces trajets minuscules, quelque chose se passe.

    Une parole échangée. Un regard. Un silence partagé. Soudain, on n'est plus deux étrangers. On est ensemble.

    Cette présence simple, sans attente ni performance, est peut-être l'un des plus beaux gestes que l'on puisse offrir à quelqu'un.

    Et c'est là le paradoxe de Lourdes : en se mettant au service de l'autre, on reçoit infiniment plus qu'on ne donne.

    « Le malade est mon maître »

    Lors de la messe célébrée par l'évêque de Bâle, une phrase a traversé le silence de l'assemblée et m'a atteint immédiatement :

    « Le malade est mon maître. »
    — Saint Vincent de Paul

    Ces mots ont éclairé tout le reste. Ce n'est pas le brancardier qui fait une faveur au malade. C'est le malade qui, en acceptant notre aide et en nous laissant approcher sa vulnérabilité, nous offre quelque chose de précieux : la possibilité de devenir plus humain·e·s, plus attentif·ve·s, plus vrai·e·s.

    Il nous enseigne sans le savoir.

    Une logique inversée

    Lourdes est un lieu étrange et puissant. Même celles et ceux qui n'y viennent pas avec la foi ne restent pas totalement indifférent·e·s. Quelque chose y circule — entre les pèlerins, entre les bénévoles, dans les processions aux flambeaux, dans les chants du soir. Quelque chose qui ressemble à ce que nous cherchons tous, souvent sans savoir le nommer : le sentiment d'appartenir à plus grand que soi.

    Celles et ceux qui viennent sans foi, avec des doutes, voire avec du scepticisme — ne sont pas à l'extérieur de quelque chose. Ils en font déjà partie. La communauté qui se forme là-bas ne demande pas de carte d'entrée. Elle se reconnaît dans un élan commun, dans cette capacité partagée à se mettre au service de l'autre, à être touché·e par la vulnérabilité humaine. La foi ne sépare pas — elle nomme ce que nous vivons tous ensemble.

    En quelques jours, des liens se créent entre des personnes que rien ne réunissait. On arrive étranger, on repart lié.

    Dans un monde saturé d'injonctions à la performance et au repli sur soi, Lourdes propose une logique inversée. Il ne s'agit pas de se réaliser, mais de se donner. Pas de briller, mais d'être là. Et cette simplicité — la présence, l'écoute, l'attention portée à l'autre — révèle des ressources que nous portons tous et que nous oublions trop souvent d'offrir.

    La place des femmes

    Ce qui m'a aussi profondément marqué, c'est la place des femmes dans ce pèlerinage. Les brancardières-hospitalières, au contact direct des malades, portent un dévouement discret et d'une profondeur rare. Leur douceur sans faiblesse. Leur manière de tenir, d'apaiser, de veiller presque naturellement. Elles sont au cœur de tout, souvent sans chercher à être vues.

    Cette force silencieuse m'a touché.

    L'année prochaine

    L'année prochaine, je serai là à nouveau.

    Auprès des malades. Auprès de celles et ceux qui donnent de leur temps et de leur présence. Parce que prendre soin de l'autre n'est pas un sacrifice.

    C'est peut-être une façon d'être pleinement au monde.

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    DiegoCostier

    Thérapeute Complémentaire spécialisé en Ayurvéda

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